
Aucun des frottages réalisés ici n’est retravaillé : pas de coups de gommes, pas de traits rajoutés au fusain. Au contraire, on peut y voir des traces de doigts, on peut y lire des traces agressives, des déchirures, des percements. Enfin, le papier est souvent froissé. Une chose très importante pour l'artiste qui ne voulait pas ajouter ce qui n'était pas strictement utile, ne pas retirer ce qui s’est fait naturellement. Il essaie de ne conserver que l’essentiel.
Dans sa première installation, il avait cru nécessaire de retravailler chacun des frottages. Et finalement, ces frottages ne portaient presque plus aucun indice du passage de la main. Alors que dans « Endormi, j’étais roi », on peut lire, reconnaître les obstacles rencontrés sur les surfaces difficiles, dures, accidentées, ou bancales de l’objet. Parfois on détecte de la lassitude, de l’agacement dans son geste. Certaines zones sont très noircies et d’autres au contraire sont à peine visibles au contraire.
Derrière chaque feuille de papier, il y a un objet, unique, posé sur une table, accroché à un mur. Dans ce travail, il revendique le fait d’avoir frotté cet objet unique, même si son double existe dans la maison voisine. Des personnes lui ont confié quelque chose leur appartenant, un objet auquel ils tenaient. Rien n’a été sorti d’une vieille malle au grenier. Tout était dans leurs lieux de vie. Chacun de ces objets possédait donc une histoire, une mémoire liée à ces gens qui l’accueillaient.
L’unique chose qui l’intéressait, c’était l’existence de cette mémoire, pas son contenu. Le frottage est un relevé d’empreintes, d’un objet porteur d’une mémoire, qui restera secrète. Au fur et à mesure qu'il accumulait les frottages, il a commencé une mise en espace où il a associé ces frottages entre eux. Le résultat se présente sous la forme d’un appartement où l’on évolue de pièce en pièce. Cet appartement est envahi par une centaine d’empreintes d’objets, chacune porteuse de son fragment de mémoire secrète. Avec cette accumulation, Laurent Delaire se pose la question de la mémoire collective de ce coin du Bourbonnais.
Prochainement à La Résidence :
- du 29 novembre 2008 au 18 janvier 2009 : exposition « Même pas mort » - extrait des collections du FRAC Auvergne. Vernissage : vendredi 28 novembre à 18h30. Visite commentée par Jean-Charles VERGNE, Directeur du FRAC Auvergne.
Pour tous renseignements complémentaires, contacts avec les artistes et/ou visuels : service culturel 04 70 34 50 72.
lundi 3 novembre, 2008